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chercher à être splendide

16042009

Entretien avec Alain Caillé, créateur du Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales et animateur de journaldumauss.net. Entretien paru dans Libération, intitulé « Être généreux est une forme de guerre« . Extrait :

La rapacité à l’œuvre dans le capitalisme contemporain ne dément-elle pas la primauté du don ?

A. C. Si l’on estime que l’homme est exclusivement un animal économique, alors il faut dire que les sociétés où l’appât du gain ne prévaut pas masquent la vraie nature de l’homme et que le néo-libéralisme constitue la conclusion logique de l’Histoire. Sa vérité révélée.

Pour ma part, je crois que le moment dans lequel nous sommes ne doit pas nous égarer et que le moteur de l’homme a toujours été et reste la quête de reconnaissance, de la capacité à donner, d’être puissant, de montrer qu’on est splendide. Il se trouve juste que, depuis trois décennies, la modalité pour être splendide, c’est d’avoir une Rolex. En d’autres temps, chez les Grecs, être splendide, c’était mourir pour la cité. La rapacité actuelle n’est pas à elle-même sa propre explication et, ce qu’il faut se demander, c’est quel bouleversement symbolique a pu générer l’idée que la reconnaissance devait passer par la richesse économique.




je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence, ce n’est pas un monde que j’aime

11072008

http://www.dailymotion.com/video/k2hNfiAyRcD7mAH4AQ




invitation à la trahison – Normand Baillargeon

22032008

ARTICLE INTÉGRAL – 2001

«Aux intellectuels sont consentis des loisirs et des privilèges si considérables qu’ils leur permettraient, s’ils le voulaient, de contribuer à ce que soit connue la vérité sur certaines questions d’une grande importance. C’est là une tâche sans doute modeste mais très souvent nécessaire. On devrait donc attendre des intellectuels – et c’est un strict minimum – qu’ils s’efforcent de rechercher la vérité, qu’ils rendent compte de ce qu’ils ont compris de notre société et des institutions qui la définissent, et, plus encore, qu’ils le fassent pour les principaux concernés en s’exprimant de manière à être entendu.

Je soutiens que c’est trop souvent le contraire qui se produit. Les intellectuels servent plus volontiers les pouvoirs qui oppressent qu’ils ne les dénoncent et, loin de la combattre, ils contribuent à la propagande des maîtres. Pire encore, il arrive qu’ils soient les premiers destructeurs et négateurs des outils de libération auxquels ils ont un accès privilégié et dont on pourrait penser qu’ils leur sont particulièrement chers : les faits, la raison, la vérité, la clarté, l’éducation, etc.»




normand baillargeon

17032008

note biographique dans La mondialisation de l'ignorance

Note biographique tiré de La mondialisation de l’ignorance
où il est l’auteur de l’article Education et avenir commun.

Milite pour la possibilité d’une pensée critique, libre et autonome : quelques chroniques.

A de mauvaises fréquentations (Chomsky, Mermet)

Ecrit en français fleuri mais châtié, avec l’atsin tônôdien et avec jovialité (ex : La boîte à crétiniser).

A le grand mérite d’être en France en ce moment. A Paris ce soir.
Détails :

baillargeon.jpg




MAi 68, quelques rappels, par RM Jennar

10032008

( site alternativeunitaire )

Je suis irrité, et le mot est faible, par tout ce qui se dit et s’écrit [1] en 2008 sur Mai 68.

D’abord de la part de ceux qui, alors aux premiers plans médiatiques, le sont restés aujourd’hui au prix d’un grand écart qui va de l’extrême gauche à ce qu’on appelle maintenant le néo-conservatisme. Ensuite, de la part de ceux qui regardent Mai 68 avec les yeux et les enjeux d’aujourd’hui sans faire le moindre effort pour se remettre dans le contexte de l’époque. Enfin, par cette droite qui, parce qu’elle rejette l’idéal des Lumières, dénigre très logiquement les idéaux qui ont animé Mai 68.

J’avais un peu plus de 21 ans début 1968 ; j’étais étudiant. Attentif, comme beaucoup de Belges nés dans cette Wallonie que Gustave Cohen appelait “ la petite sœur de la France ”, à tout ce qui se passe au pays de Rousseau et de Jaurès, j’avais noté que, contrairement à ce qu’écrivait alors “ Le Monde ”, la France ne s’ennuyait pas. Participant depuis deux ans à de multiples réunions en France, notamment dans le cadre du mouvement pédagogique créé par Célestin Freinet, participant aussi aux actions contre l’intervention américaine au Vietnam, j’avais observé à quel point, sous la chape de plomb d’une société bloquée, grandissait ce qu’on allait bientôt appeler “ la contestation ”. Dès le 4 mai, j’étais à Paris. J’ai participé autant qu’il était possible aux évènements. Pourquoi étais-je là ?

Nous avions grandi dans une véritable morale de l’engagement qui donne un sens à la vie. Nous lisions Camus, Malraux, Nizan, Sartre, Saint-Exupéry, Henri Alleg, Franz Fanon, Édouard Glissant, Hemingway, Steinbeck. Nous ne manquions aucun des bouquins publiés par Maspero. Nous écoutions Brassens, Brel, Ferrat, Ferré. Nous étions nourris des récits de la guerre d’Espagne, de la Résistance et des luttes contre le colonialisme. Nous attendions que la société se mobilise sur des objectifs conformes aux valeurs dont nous étions imprégnés. Elle ne nous proposait que de consommer. Mai 68 fut pour beaucoup d’entre nous la contestation d’une société qui ne donnait aucun sens à notre vie. Ce n’est pas un hasard si l’action humanitaire, la défense des droits fondamentaux, la militance écologique, la libération de la femme, le retour à des formes de vie plus simples, plus authentiques (le Larzac, par ex.) furent, pour beaucoup, une suite cohérente à Mai 68.

Il semble qu’aujourd’hui pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la rigueur de l’historien, on oublie ce qui dominait dans nos sociétés d’alors. L’intention est bien entendu de discréditer ce qu’il y avait de plus légitime dans cette contestation. Et qui le demeure.

On feint d’oublier qu’une des cibles prioritaires de la contestation était la société de consommation, annonçant les interrogations actuelles sur l’idéologie de la croissance et le productivisme qui l’accompagne. Nous mettions en cause le sens d’une vie toute entière conditionnée à l’achat de toujours plus de biens dont l’utilité n’était pas nécessairement démontrée. La suite ne nous a pas donné torts quand on voit la société du gaspillage et du déchet dans laquelle nous vivons dans les pays occidentaux.

On ne rend pas compte, aujourd’hui, de la pesanteur des conventions entretenues par une Église catholique alors encore très puissante. Les divorcés et les enfants de divorcés étaient montrés du doigt. Évoquer la grossesse désirée – le planning familial, disait-on alors – c’était attenter à l’ordre moral. Contraception (jusqu’en décembre 67) et avortement tombaient sous le coup du code pénal. On ne rappelle pas assez que le mouvement du 22 mars, c’est d’abord, à Nanterre un an plus tôt, une protestation contre l’interdiction faite aux garçons de se rendre dans les logements réservés aux filles. Se souvient-on que Mme De Gaulle a tenté d’interdire “ les jolies colonies de vacances ”, la célèbre chanson de Pierre Perret et qu’elle refusait l’accès aux réceptions de l’Élysée aux ministres dont la vie privée ne convenait pas à l’ordre moral dominant ?

On passe pratiquement sous silence que Mai 68, ce fut aussi et d’abord une remise en cause des méthodes en vigueur à l’Université. Dans les amphis, certes, beaucoup parlaient de révolution, mais d’autres parlaient d’une université restée dans le moule napoléonien, d’un enseignement transmis par des mandarins, d’une passivité obligée de l’étudiant dans la tête duquel on déversait des connaissances davantage que des capacités d’analyse. Nous rappelions Rabelais préférant des têtes biens faites à des têtes bien pleines. Nous ne voulions pas étudier moins, nous voulions étudier mieux. Certains d’entre nous qui connaissaient l’université américaine, où tout est fait pour faciliter la tâche du chercheur, dénonçaient les multiples entraves bureaucratiques auxquelles le chercheur est confronté en France (ayant fait par la suite mon doctorat en France avec des recherches aux États-Unis, j’ai pu vérifier qu’ils avaient en tous points raison). S’il ne nous plaisait pas de donner les USA en exemple à cause notamment du Vietnam, c’est bien à une pédagogie beaucoup plus participative que nous aspirions. Mais les médias ont préféré s’intéresser aux multiples groupuscules de l’extrême-gauche traditionnelle et à ceux qu’on appelait “ les enragés ” et, avec les manifestations et leurs débordements, c’est l’image qui est malheureusement restée de Mai 68. Et quasiment la seule que relèvent ses détracteurs. On n’était pourtant pas tous des disciples de Lénine, de Trotsky ou de Mao, loin s’en faut.

Les “ bobos ” d’aujourd’hui, prompts au reniement, oublient que Mai 68, ce fut aussi la plus grand révolte sociale depuis le Front populaire. Nous étions dans ce qu’on a appelé plus tard les “ Trente glorieuses ”, des années de plein emploi et de croissance économique soutenue. Mais, comme d’habitude, le patronat n’entendait pas répartir équitablement les fruits de la richesse produite. Spontanément, ceux qui produisaient cette richesse par leur labeur ont exigé leur dû. Il leur a fallu une rare obstination, y compris à l’égard de ceux qui les encadraient, pour obtenir satisfaction.

Mai 68, ce fut aussi un sursaut démocratique. Un Ministre de l’information s’assurait chaque jour du contenu des journaux télévisés. La démocratie instaurée par la Constitution de la Ve République réduisait la représentation nationale à une chambre d’enregistrement (au point que cette institution sans influence ne fut jamais la cible des manifestants) et le rôle du citoyen était limité à celui d’un électeur dans un cadre extrêmement centralisé. Contrairement à ce qui se dit aujourd’hui, nous ne remettions pas en cause le rôle de l’État et des pouvoirs publics, nous contestions un système politique fort peu démocratique. Mais tout l’effort auquel on assiste veut faire croire que nous sommes à l’origine du dépérissement de l’État face à la mondialisation, alors que bon nombre d’entre nous, internationalistes hier, sommes aujourd’hui ce qu’on appelle des altermondialistes, c’est-à-dire ceux qui portent le plus l’exigence d’une capacité de réguler le marché et ses acteurs.

En résumé, Mai 68 fut une exigence d’émancipation. Émancipation culturelle contre une société qui offrait comme seul projet de consommer toujours plus. Émancipation pédagogique contre une université pétrifiée dans des méthodes surannées dominées par une mentalité hiérarchique. Émancipation sociale contre un système économique perpétuant l’exploitation et qui refusait un partage plus équitable de la richesse produite. Émancipation morale contre une société marquée par les tabous religieux en particulier en ce qui concerne l’autonomie de la femme et les rapports sexuels. Émancipation démocratique contre une Ve République qui imposait les institutions les moins démocratiques de toute l’Europe démocratique d’alors.

Mais parce que bon nombre des directeurs de conscience que nous imposent aujourd’hui les médias et leurs commanditaires sont d’anciens de Mai 68, ces “ “philosophes ” médiatiques qui ont tout renié, et que le reniement, au nom de la modernité, est érigé de nos jours en performance morale, parce qu’il ne convient pas que soit fournie une présentation positive d’un moment historique d’émancipation, le complexe politico-médiatique est mobilisé pour discréditer Mai 68.

C’est parce que Mai 68 entretient dans l’inconscient collectif – en France, mais aussi hors de France – la force transformatrice de l’héritage des Lumières et les événements qu’elle a engendrés (1789, 1848, 1870) que les néoconservateurs s’emploient à en salir le souvenir.

Raoul Marc JENNAR, le 9 mars 2008.

 

[1] Il serait beaucoup plus utile de relire les livres qui furent publiés alors que ceux qui paraissent aujourd’hui et sont, dans bon nombre de cas, des réécritures de l’histoire à des fins qui n’ont rien à voir avec le souci historique. Pour moi, la meilleure analyse fut publiée en 1968 sous le titre “ Ces idées qui ont ébranlé la France ” par Epistémon, (Fayard).




coup d’Etat simplifié

4022008

 

Meeting d’Aubagne le 3 février contre la ratification parlementaire




Pancho Villa y Paul Lafargue

26112007

— le 26 novembre 1912, Pancho Villa disparaît de la cárcel militar de Santiago Tlatelolco

Pancho Villa y Paul Lafargue dans c'était mieux avant mexic_troupvilla

voir aussi

http://increvablesanarchistes.org/articles/etranger/mexique_revolution.htm

http://www.care2.com/c2c/groups/disc.html?gpp=3109&pst=894790&archival=&posts=9

http://es.wikipedia.org/wiki/Francisco_Villa

http://tierra.free-people.net/personajes/personajes-francisco-pancho-villa.php

http://www.agenciaelvigia.com.ar/pancho_villa.htm

sur John Reed http://www.rebelion.org/noticia.php?id=50662

— le 26 novembre 1911, Paul Lafargue disparaît avec la fille de Marx !!!

150px-Laura_Lafargue dans ceux qui y croient encore180px-Paul_Lafargue_profil dans textes
Le droit à la paresse pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Lafargue

http://rh19.revues.org/document.html?id=401

26 novembre




el plan de Ayala (25 11 1911)

25112007

el plan de Ayala (25 11 1911) dans c'était mieux avant Emiliano_Zapata

http://es.wikipedia.org/wiki/Plan_de_Ayala




facs en lutte

13112007

http://www.cnt-f.org/fte/article.php3?id_article=1437




L’usine à gaz Sarkozy

23062007

L'usine à gaz Sarkozy dans antilibéralitude dol16 par Michel Husson, Conseil scientifique d’Attac France.

La victoire de Nicolas Sarkozy marque le passage d’une stratégie par étapes à une stratégie frontale qui s’organise autour de deux orientations majeures : flexibilisation intégrale du marché du travail et amaigrissement de l’Etat. Tous les aspects du modèle social sont concernés par cette thérapie de choc : durée du travail, fiscalité, école et universités, retraites, financement de la Sécurité sociale, non-remplacement des fonctionnaires, budget, services publics. Cette stratégie de rupture pose deux questions. La première, à laquelle notre nouveau Président semble très attentif, est celle de l’habillage politique. La seconde, à laquelle il attache apparemment moins d’importance, est celle de l’efficacité économique. C’est dans l’articulation de ces deux questions que se jouera la trajectoire du nouveau pouvoir.

Trois axes tactiques

Si la stratégie est bien celle de l’affrontement direct et global, elle implique néanmoins un certain nombre de choix tactiques : dans quel ordre prendre les choses, et à quel rythme ? De ce point de vue, on peut d’ores et déjà discerner trois parcours fléchés. Le premier axe conduit des heures supplémentaires au nouveau contrat de travail. Sur la base des premières mesures, on établit un rapport de forces social et idéologique en imposant l’idée que pour gagner plus, il faut travailler plus. L’aspect idéologique est décisif, puisqu’il s’agit d’installer à une échelle de masse la conviction que les obstacles à l’emploi proviennent des réglementations trop rigides : les 35 heures dans le cas du salaire, les protections liées aux contrats de travail actuels en ce qui concerne l’emploi. Il s’agit d’effacer la défaite du CPE et de profiter de la période de grâce, durant laquelle les acteurs sociaux et les citoyens en général vont demeurer dans une attitude d’expectative tétanisée.

Le second axe passe par une défaite infligée sur la question du service minimum, et c’est pourquoi ce dossier est l’un des premiers à être ouvert. Son champ d’application recouvre en effet celui des régimes spéciaux de retraites. Une fois le droit de grève limité dans ces secteurs, il sera possible de pousser l’avantage et de faire sauter ce verrou. Le terrain sera alors déblayé pour le rendez-vous prévu en 2008 par la loi Fillon qui permettra, dans la foulée, de reculer à nouveau l’âge de la retraite et de transformer profondément le financement de la protection sociale en instaurant une TVA sociale.

Le troisième axe concerne le budget de l’Etat. La première étape a consisté en un paquet fiscal essentiellement destiné aux riches. Il représente environ 9 milliards d’euros (15 avec les heures supplémentaires) et va donc creuser le déficit, comme s’en inquiètent déjà les orthodoxes de Bruxelles. Mais il ne s’agit évidemment pas d’une conversion à une politique de relance. Le gouvernement met ici en oeuvre une tactique de déséquilibre fiscal dont les libéraux sont coutumiers ; elle consiste à engendrer un déficit pour mieux justifier ensuite des mesures d’ajustement. Celles-ci pourraient prendre une double forme : de nouvelles économies budgétaires, avec notamment le demi-remplacement des départs à la retraite dans la Fonction publique, et le recours à la TVA, « sociale » ou non.

Une légitimité transitoire

Ce projet, qui implique une régression sociale pour la majorité de la population, n’a pu devenir majoritaire qu’en raison de l’inanité des alternatives à gauche. Du côté du PS et/ou de Ségolène Royal, les propositions avancées n’ont jamais tranché de manière suffisamment nette avec celles de Sarkozy, parce qu’elles acceptaient les mêmes considérants, par exemple le besoin de compétitivité et d’aides aux entreprises, sans parler de « l’ordre juste ». Du côté de la gauche dite anti-libérale, une cohérence alternative existait sur le papier, mais qui n’a pas accédé à une consistance politique, faute d’expression unitaire.

Dès lors que la contradiction sociale principale, entre capital et travail, était évacuée du débat, la droite a cherché, et réussi en grande partie, à activer les contradictions secondaires, « au sein du peuple » comme aurait dit Mao : ceux qui se lèvent tôt contre les assistés, Français de souche contre immigrés dépourvus d’identité nationale, salariés du privé contre fonctionnaires.

Cette substitution des rivalités catégorielles aux oppositions sociales est le ressort essentiel sur lequel le gouvernement compte pour faire passer son amère pilule. En même temps, il n’oublie pas – selon un autre dispositif libéral classique – de ménager des « filets de sécurité » pour les plus défavorisés, afin de masquer l’ampleur de la régression. Le revenu de solidarité active confié à Martin Hirsch devrait constituer le volet social du programme, et on comprend mieux de ce point de vue la fonction de l’« ouverture ». Dans le même ordre d’idée, le programme de Sarkozy prévoit d’augmenter le minimum vieillesse en finançant cette augmentation par une partie des économies réalisées sur les régimes spéciaux. On retrouve ici la démarche consistant à construire le rapport de forces sur la fragmentation du camp des salariés, de manière à retarder la prise de conscience du caractère global de l’offensive et éloigner la menace d’un nouveau « tous ensemble ».

Mais cela suppose que des améliorations soient perçues en matière de pouvoir d’achat et d’emploi. Pendant quelques mois, le gouvernement peut compter sur une conjoncture plus favorable et sur le coup de pouce au pouvoir d’achat des 15 % de salariés qui effectuent des heures supplémentaires. Si l’emploi repart, le gouvernement s’efforcera de montrer que c’est grâce à ses premières mesures, justifiant ainsi celles qui suivent. Mais tout est ici une affaire de timing : il faut qu’une amélioration plus durable prenne la suite des expédients conjoncturels.

De ce point de vue, le programme de Sarkozy ne tient pas la route. Les baisses d’impôts sont ciblées sur les couches sociales les plus favorisées, et risquent donc de nourrir leur épargne plutôt que leur consommation. Les heures supplémentaires seront mieux payées mais les employeurs embaucheront moins et freineront la progression des salaires en reprenant à leur compte le slogan connu : si vous voulez gagner plus, vous n’avez qu’à faire des heures supplémentaires. La progression de la masse salariale globale ne pourra donc soutenir la croissance que de manière transitoire. Sur la question pourtant centrale de l’emploi, l’un des tours de passe-passe les plus réussis de la part de Sarkozy est d’avoir annoncé un objectif de 5 % de chômage (baptisé plein-emploi) sans dire quelles mesures pourraient y conduire. De la même manière, il n’y a rien sur la question de la compétitivité, non pas celle qui est fondée sur la « modération » des coûts salariaux mais celle qui s’appuie sur la recherche, l’innovation et une meilleure spécialisation. Dans cesconditions, les grands groupes basés en France continueront à investir principalement à l’étranger, tout en engrangeant des bénéfices encore accrus.

Les contradictions du projet

En réalité, et même d’un point de vue libéral, le projet sarkozyste est sur le plan économique une gigantesque usine à gaz qui repose sur une équation impossible : comment financer ce programme sans faire exploser le déficit ? On se rappelle la promesse de Sarkozy de baisser de 4 points de PIB le taux de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations), ce qui représentait un manque à gagner d’environ 65 milliards d’euros. Cette annonce a été mise sous le boisseau après les protestations de caciques de l’UMP, mais elle est symbolique du dogmatisme libéral qui s’appuie sur une vision fantasmatique de l’économie. Sarkozy s’est convaincu lui-même que ses mesures vont libérer par magie des forces vives jusque là contenues par les rigidités et les réglementations. Il n’est pas anodin que cette confiance aveugle ait été critiquée par des économistes comme Olivier Blanchard, qui avait pourtant ouvertement soutenu la candidature de Sarkozy, ou par un journaliste bien libéral comme Eric Le Boucher qui va jusqu’à écrire dans Le Monde du 3 juin dernier que les promesses « non tenables » de Sarkozy sont « populistes, ouvriéristes, faussement volontaristes et infinançables ».

C’est sans doute autour de la question de la TVA que les illusions vont s’effriter, sans doute plus tôt que prévu. Il s’agit en effet d’une mesure qui touche tout le monde, et qui ne peut donc jouer sur les différenciations catégorielles. L’instauration d’une TVA sociale montrerait de manière très claire l’essence du projet : faire payer par tous les cadeaux faits à un petit nombre. L’autre point de bascule pourrait être la question salariale. Les salariés qui font des heures supplémentaires gagneront plus. Mais elles ne représentent qu’environ 3 % du volume total d’heures travaillées. Quid des salariés qui n’y ont pas accès ? Quid des heures supplémentaires non déclarées ? L’avantage de la mesure est d’individualiser encore un peu plus les salaires, mais elle risque de produire le résultat inverse et de faire renaître un besoin de cadre salarial collectif.

On aurait donc tort de surestimer la cohérence durable du programme de Sarkozy. Sur le plan économique, il peut booster un peu la croissance dans un premier temps mais viendra vite buter sur cette contradiction : ou bien laisser filer le budget, ou bien le rééquilibrer en freinant trop brutalement l’activité. Sur le plan social, il équivaut à un énorme transfert de richesses des salariés vers les possédants, que l’on ne pourra déguiser durablement en jouant sur le fractionnement du salariat. Tôt ou tard, les salariés prendront conscience que leur pouvoir d’achat est gelé, que leur santé coûte plus cher, que leurs retraites vont être à nouveau rognées, et que les garanties apportées par leur contrat de travail sont profondément écornées. Sur le plan tactique, il arrivera assez vite un moment où il faudra faire passer en même temps des mesures étroitement imbriquées (par exemple heures supplémentaires et TVA sociale) et rendre perceptible la logique d’ensemble du projet. Certes, on peut imaginer un scénario où le passage en force réussirait, débouchant sur un paysage social durablement dégradé. Mais un scénario de crise, mêlant résistance sociale et débâcle économique, est également plausible. En tout état de cause, la tâche prioritaire du syndicalisme est aujourd’hui de décortiquer minutieusement les projets gouvernementaux pour en montrer les effets sociaux désastreux. C’est la condition pour construire les nécessaires mobilisations et (à terme) refonder une alternative cohérente au dogme néo-libéral.

Article paru dans l’Ecole Emancipée







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